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« Les programmes transcriptionnels du centre germinatif humain sont désynchronisés dans le lymphome B »

15/10/2018

Les derniers travaux de P. Milpied et al*., chercheur de CALYM, publiés dans Nature Immunology remettent en question le dogme supposé de la cellule d’origine du lymphome folliculaire…

Le lymphome folliculaire (LF), deuxième lymphome de l’adulte le plus répandu dans les pays occidentaux, est considéré comme un prototype de lymphome à cellules B du centre germinatif (CG**) présentant plusieurs caractéristiques qui identifient la cellule d’origine (COO) du LF en tant que cellule B du CG.

Dans les analyses en masse, il a été montré que la plupart des gènes exprimés dans les cellules B du CG étaient aussi exprimés dans les cellules B du LF, suggérant que les cellules B du LF sont transcriptionnellement « gelées » dans un état de différenciation des cellules B du CG. Les analyses en masse étant reconnues pour masquer l’hétérogénéité cellulaire potentiellement présente dans les cellules B du CG ou du LF, les auteurs ont utilisé des approches expérimentales pour étudier l’expression génique dans ces cellules à l’échelle d’une cellule unique, soit « single-cell ». Les données présentées ici montrent que contrairement au dogme supposé de la cellule d’origine du LF, les cellules B de lymphome dérivées du CG transitent, avec une forte dynamique clonale, à travers plusieurs états fonctionnels distincts des cellules B du CG.

Les chercheurs ont appliqué une analyse intégrée « single-cell » sur des cellules B normales pour montrer que l’hétérogénéité de l’expression génique des cellules B non cancéreuses du CG pouvait être modélisée selon un cycle continu d’états transitoires, et ils ont caractérisé des profils de groupes de gènes exprimés de façon synchrone dans ces états. Ils ont comparé l’expression génique des cellules B de LF isolées, échantillonnées au moment du diagnostic du LF, avec les cellules B non cancéreuses et ont montré qu’elles divergeaient constamment de leur supposée cellule d’origine B du CG. En particulier, les gènes qui étaient exprimés de façon synchrone dans les états des cellules B du CG ne l’étaient plus dans les cellules B de LF. De plus, les auteurs ont montré qu’au sein d’une même tumeur, les cellules B de LF pouvaient être engagées dans plusieurs fonctions définies ou états, suggérant que les cellules de LF ont une plasticité fonctionnelle. La désynchronisation de l’expression génique pourrait être le fait de la dérégulation génétique intrinsèque à la cellule cancéreuse, ou de la modification de facteurs extrinsèques issus du microenvironnement, ce qui reste à découvrir.

Les études de l’hétérogénéité cellulaire du lymphome devraient avoir un impact sur le diagnostic, le pronostic et le traitement de ce cancer, pour le bénéfice des patients.

* Référence : “Human germinal center transcriptional programs are de-synchronized in B cell lymphoma”, P. Milpied et al. Nature Immunology, 2018, vol 19, 1013-1024

**les centres germinatifs sont des microstructures anatomiques dans le centre des follicules des cellules B, où les cellules B activées par un antigène prolifèrent et les variants à forte affinité sont sélectionnés pour être exportés sous forme de cellules B mémoires et de plasmocytes.